- Quels conseils donneriez vous à un jeune
dessinateur ?
De ne jamais se décourager ! Il va
forcément se prendre des claques par les
éditeurs, des critiques qui ne font pas toujours
plaisir, mais qui sont dans la plupart des cas assez justes
et qui doivent être prises en compte pour que le
boulot évolue. Cest surtout ça:
être vraiment motivé et ne jamais baisser les
bras.
- Quelles sont vos relations avec vos lecteurs
?
Cest généralement assez court...
Jaimerais bien que ce soit un peu plus long: plus de
discussions !
La bande dessinée est un travail de lombre: tu
es chez toi pendant un an pour faire un album et tu ne
connais pas ceux qui vont le lire, si ils vont
laimer... Tu as envie d'être un peu
applaudi...
Quand je vais dans un salon, cest pour rencontrer les
lecteurs et pour quils discutent avec moi. Ils me
posent souvent dix fois la même question, mais bon,
ça ne me dérange pas de répondre... Et
puis de temps en temps, pendant une seance de
dédicace, tu as la chance de rencontrer
quelquun de vraiment enthousiaste qui a aimé
vivement ce que tu as fait, qui sait te le dire et qui a
envie de discuter avec toi.
Cest parfois un peu gênant, car tu ne peux plus
dessiner, et dans la file dattente cela nuit à
tous ceux qui aimeraient bien que ça aille un peu
plus vite pour avoir leur dessin. Mais
généralement les gens qui attendent ne sont
pas déçus de tentendre.
- Comment avez vous décroché votre
premier contrat ?
Heu... Je me souviens: en soudoyant....avec un
chèque de 500 dollars (rires).
Mon premier contrat, c'est en ayant un bon scénariste
avec moi (qui est un copain).
En fait, il y a un moment magique: l'instant où
léditeur dit daccord et sort le
contrat.
- Vous êtes libraire, comment vantez vous votre
dernière création ?
Heu...cest un très bon scénario avec
un superbe dessin (rires).
Si vous aimez les histoires de pirates, les histoires de
chasse aux trésors et les contes de fée,
achetez le cest génial.
Et si jamais ça ne vous plait pas, ramenez le moi on
léchangera contre le dernier BILAL... Oui, il y
a un libraire que j'ai rencontré qui fait cela et
généralement le client ne le ramène
pas. C'est que ça doit être une bonne
série !
- Votre consécration ?
Tatadam..elle a déjà eu lieu ! Pour moi le
but du jeu, cétait de dessiner et de rencontrer
quelquun qui me dise: "ce que tu fais cest
chouette, ça me fait rêver, ça ma
fait vraiment voyager !". Et bien à cet instant, je
suis le plus heureux des hommes... La consécration
nest pas forcément d'être reconnu par un
jury qui donne un prix ou par le milieu de la bande
dessinée.
- Au niveau professionnel, votre plus grande
qualité ?
Je crois que cest dessayer de montrer des
ambiances colorées qui fassent vraiment entrer le
lecteur dans le dessin. Cest ce qui mimporte le
plus, et je mets un point dhonneur sur la
qualité de la couleur.
Jaimerais que le lecteur arrive presque à
sentir les odeurs dembruns, entendre le cris des
mouettes, le bruit des vagues... Et bien là,je crois
que jaurais réussi.
- Au niveau professionnel, votre plus gros
défaut ?
Cest de passer beaucoup de temps sur les
premières pages et après dêtre un
peu coincé pour la fin etdêtre
obligé daller un peu trop vite.
Enfin bref, de jouer un peu trop à la playstation au
début de lalbum (rires).
- Lavenir ?
On verra... Jai horreur de penser à ce
que je pourrais être dans dix ans. On voit ça
au fur et à mesure. Jessaye de réaliser
mes rêves et si jamais je ny arrive pas dans
l'immediat, je les repousse à un peu plus tard.
- Vos souhaits ?
Être riche (rires)... Non, même pas, je
men fiche.
En fait pouvoir continuer à faire ce métier
aussi longtemps que possible.
- Si il ny avait pas la bande dessinée,
quel métier feriez vous ?
Un métier dart de toutes façons. Je
ferais de la musique ou quelque chose de mes mains, peut
être reprendre latelier de mon père qui
est ébéniste et fabriquer des meubles, faire
de la sculpture sur bois.
- Pourquoi des animaux ?
Cest un peu accidentel. Lidée de
raconter et dessiner DE CAPE ET DE CROCS est partie
dun jeu de rôles.
Lunivers était propice à être mis
en bande dessinée. On avait trouvé des
caractères complémentaires au loup et au
renard, des aventuriers assez hauts en couleur. On a
étoffé lunivers de
références théâtrales,
littéraires et filmographiques.
Cest par accident que les deux personnages sont un
loup et un renard. Mais à mon avis cela ne gêne
pas car cela fait partie de notre imaginaire culturel, comme
le chat botté. Finalement, on ne trouve pas bizarre
qu'un chat parle, mette des bottes et puis aide son patron
à devenir marquis...
- Les romans ou les films de cape et
dépées, vous êtes tombé
dedans petit ?
Ha oui, je me rappelle ému (rires): LE MIRACLE DES
LOUPS, LE CAPITAINE FRACASSE, LE BOSSU, SCARAMOUCHE et tous
ces genres de film, JEAN MARAIS....
Je suis dune époque où les films
daventures étaient principalement des films
français. Au temps de ces films, qui na pas
rêvé en voyant JEAN MARAIS sauter du 10
ème étage du LOUVRE sur un cheval sans se
faire de mal (rires) ?
Se battre comme un forcené, toujours contre le
même acteur dailleurs: GUY DELORME qui jouait
continuellement les méchants avec sa tête de
traître typique de cape et
dépées. Je me souviens de sa chute,
à la fin d'un duel final, de la tour la plus haute du
château de CHAMBORD en hurlant avant de
s'écraser... ça,forcément, ça
laisse des souvenirs indélébiles.
- Comment se passe, sur une planche, votre
collaboration avec ALAIN AYROLES votre scénariste
?
Il est aussi dessinateur, on a la même formation
tous les deux: on était aux beaux arts à
ANGOULÊME. Par ce fait, on a une formation et de
scénariste et de dessinateur. Il dessine très
bien et très vite, et non content
décrire les actions, il les met en pages
aussi.
Finalement, il me mâche quand même beaucoup le
travail.
Il a un oeil sur mon dessin, il le corrige avec une vision
neuve,car on est toujours un peu aveuglé par son
propre dessin et jai le même oeil sur son
scénario et ses découpages.
Il y a parfois des idées quil na pas et
que jai mais ça arrive quand même assez
peu souvent...
Bref, cela se passe bien, en fait, on est copain .
- Pour les personnages (beaucoup de fourbes et de
méchants) vous prenez les bases de leurs apparences
dans la vie réelle ?
En fait non, pas spécialement dans la vie
réelle... Cest plutôt jouer,
utiliser des clichés du cinéma.
Il ny a pas à tortiller, MENDOSA à une
tête de traître de cape et
dépées: cest GUY DELORME. Lui
cest le méchant type.
Après, le vieux sénile est lavare de
MOLIÈRE.
Mais ils sont très peu de personnages à
être pris dans la réalité...
Il y a tout de même PLAISANT, le serviteur
dANDREO qui est une sorte de mélange de deux
personnes que je connais.
La gitane est le cliché de la belle femme insoumise,
tigresse, alors que ANDREO est le jeune premier un peu
couillon qui a une tête de niais tout en restant
beau.
Il faut que d'entrée de jeu, les personnages portent
sur leur physionomie le caractère quils ont,
quitte à jouer avec ça, pour retourner la
situation. Cest jouer avec les masques: tous ont des
masques de théâtre avec lesquels on peut
surprendre.
- Un loup, un renard, on peut comprendre. Mais, EUSEBE
le lapin ?
(Rires). Lui aussi est né à partir du jeu
de rôles. Cest une espèce de
personnage secondaire et rigolo. Cest le bouffon
de service, celui qui ne demande rien, le comique, le
BOURVIL de lhistoire !
On se demande vraiment ce quil fait là (rires)
accroché à sa rame à coté de
grosses brutes. Cest une erreur, le pauvre EUSEBE a
été accusé à tort de je ne sais
quel méfait et sest retrouvé aux
galères. Cest idiot quoi... Quel juge
stupide a pu condamner un lapin aux galères ?
(rires)
|