![]() Interviews d'Alain Ayroles Extraits de l'interview d'Alain Ayroles tirée de Delcourt Planète numéro de Juin-Juillet-Août 1997: |
De cases et de mots De la grenouille princière de Garulfo aux bretteurs de tout poil de De cape et de crocs, ses albums donnent le beau rôle à des bêtes douées de raison, d'humanisme et d'humour. Là n'est pas la moindre originalité de ce scénariste singulier qui, non content d'écrire, sait aussi dessiner... et, en voici la preuve, parler. - Le troisième tome de Garulfo et le deuxième de De cape et de crocs vont très bientôt paraître... Quels souvenirs marquants retient-on d'une dure année de travail sur deux albums ? - Les moments difficiles surtout ! Les "coups de bourre", les blocages... Il m'arrive parfois d'être devant ma page, et de ne pas avoir d'idées du tout. Ca se débloque tout à coup, comme si l'inspiration revenait toute seule... En fait, le travail acharné à froisser du papier, tourner en rond, noircir des pages en pure perte, tout cela est indispensable pour en arriver là. - A partir de quoi démarres-tu une histoire ? Avec des séquences déjà précises ? - Au départ, j'ai une vague idée - qui est
souvent un thème, en fait. Par exemple, pour Garulfo
tome 3, je suis parti d'une idée de Jean-Luc Masbou
qui est apparue au cours d'une discussion. A partir du
thème, je pense à des situations qui me
paraissent intéressantes, soit parce qu'amusantes,
soit parce que recelant un bon ressort dramatique, et je les
visualise. Ensuite, je me demande comment on peut arriver
à ces situations et sur quoi elles peuvent aboutir.
Après il y a un travail beaucoup plus technique, qui
relève de la mécanique du récit. - Comment définirais-tu Garulfo aux gens qui ne le connaissent pas encore ? - Eh bien... Ca fait un peu pompeux, mais je le définirais comme un conte philosophique, entre le conte et la fable. Pour moi, Garulfo s'inscrit dans la tradition du conte, à savoir prendre le parti d'instruire en divertissant, moins de donner des réponses que de poser des questions. Tout ça en étant joyeux et, évidemment, parfois un peu grinçant. - Si je dis que c'est un conte moderne et désabusé, ça te convient ? - Oui, mais en même temps ce n'est pas si désabusé que ça, puisqu'il y a un happy-end. Au fond, c'est une histoire optimiste, mais qui passe par une désillusion complète, à l'image du héros qui perd ses illusions, mais garde un naturel optimiste et voit les choses sous le bon angle. La question est "comment trouver sa place dans un monde de merde et trouver des raisons d'y rester". - Dans le tome 2, il y a cette scène où la sorcière dit à Garulfo qu'il a vu l'Homme dans toute son ignorance. Venant d'un personnage négatif... - Elle est négative, effectivement, il s'agit même d'un personnage complètement nihiliste et aigri... C'est Cioran avec un chapeau pointu. Mais on va s'apercevoir par la suite qu'elle a encore quelques faibles espoirs. Qu'elle espère un petit peu, à sa façon, changer le monde. En fait, son côté désabusé fait le pendant à l'optimisme de Garulfo. - L'histoire est à l'image du héros, mais le héros est-il à ton image ? Avec tous les personnages qu'on met en scène, il y a toujours un peu de soi. Alors Garulfo c'est un peu moi, mais l'insupportable roi de Brandelune l'est aussi. - As-tu des personnages préférés dans tes séries ? Non, je les aime tous, ce sont mes enfants ! Je m'amuse
bien à les faire parler. J'aime aussi beaucoup les
sous-fifres. - Les collaborations avec Jean-Luc (Masbou) et Bruno (Maïorana) sont-elles très différentes ? - Non, je travaille à peu près de la même façon avec eux. Je leur donne un découpage assez précis. Et je suis tout autant tyrannique avec l'un qu'avec l'autre ! - Peux-tu dire ce qu'est exactement Contes et racontars, l'univers dans lequel s'inscrivent les deux séries ? - C'est un univers que j'ai développé
à partir d'un jeu de rôles. C'est là que
sont apparus Garulfo et De cape et de crocs. Mais si j'ai pu
envisager de faire se croiser les personnages des deux
séries, cela ne tiendrait plus debout parce qu'ils
sont dans deux mondes bien différents. - Il transpire de tes albums une grande culture littéraire, et un amour de la bande dessinée évident... Quelles ont été les lectures importantes pour toi dans ces deux domaines ? - C'est sûr que j'aime bien lire les deux... et que
ça ne s'oppose absolument pas. Mais je vais
répondre seulement par rapport à ce qui a pu
me donner envie de faire ces séries, sinon ce serait
trop long. - En-dehors de ces deux séries, tu voudrais faire autre chose ? - Ce que j'ai envie de faire surtout, maintenant, c'est dessiner. De formation, je suis dessinateur. J'ai très envie de dessiner, mais je ne trouve pas le temps de le faire parce que le scénario m'en prend énormément... Mais je ne désespère pas ! J'aimerais bien faire une bonne vieille histoire d'heroïc fantasy de derrière les fagots, avec de bons vieux trolls, les bons vieux barbares avec les haches à deux mains, ce genre de choses... - Quel est ton style naturel de dessin ? - Avant, c'était plutôt comique. J'ai envie de dessiner réaliste, mais je n'y arrive pas. Je crois que je vais sans doute trouver un compromis entre les deux. |
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Extraits de l'interview d'Alain Ayroles réalisée par Renaud Boclet lors du Salon de la Bande Dessinée en Bordelais en 2000 : ![]() - Au niveau de la construction de personnages pensez-vous avoir appris du jeu de rôle ? - Cest flagrant pour De Cape Et De Crocs. - En dehors de cela, quelles sont vos sources dinspiration ? Pour De Cape Et De Crocs cest Le Roman de Renart,
Molière, Dumas, des sources sans nombre mais
principalement issues du XVIIe siècle. Au
début cétait très fantaisiste,
mais au fur et à mesure de la série, je me
documente sur le XVIIe siècle, sur le
théâtre, la comedia dellarte. Je
redécouvre même Racine
- Comment construisez-vous vos scénarios ? En général je pars dune idée
et je construis autour. - À ce jour, quels sont vos projets, vos perspectives outre le fait de continuer dans la lignée ? Jai deux autres projets qui sont presque à maturité. Lun est assez historique et se déroulerait pendant la Renaissance à Florence. Lautre cest de lhistorique pur au XVIIIe, sans animaux qui parlent. - Envie dajouter des choses ? Pour les jeunes auteurs peut-être ? Oui ! Pour les jeunes scénaristes, quils écrivent des scénarios de jeu de rôle, ça leur fera la main ! |