De Cape et de Crocs
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L'Impromptu du Tome Quatre

La première édition BD du "Mystère de l'île étrange", contient un cadeau extraordinaire :
Le texte (en alexandrins !) d'une pièce de théâtre, en un acte et douze scènes, qui conte la rencontre des héros...
Merci à Thomas qui a numérisé l'original !

Venez discuter de l'impromptu sur le Forum !

Farce héroïque en un acte

par A. Ayroles

PERSONNAGES

Le Général, officier français.
Léandre, fils du Général.
Armand de Maupertuis, gentilhomme gascon.
Le Commandeur, officier espagnol.
L'Ordonnance du Commandeur.
Don Lope de Villalobos y Sangrin, hidalgo andalou.
Doña Lucinda, fille du Commandeur.
Tirinte, Tisimandre, bergers.
Ydalie, Silvanire, bergères.
Une estafette.
Mousquetaires.
Soldats espagnols.
Trois inquisiteurs.
La scène est dans les Flandres.
Le décor est une cour de ferme. Côté cour, une maison à laquelle s'adosse un poulailler. Côté jardin : un potager et une bergerie. Dans le potager, un épouvantail garni d'un vieil habit de médecin. Un muret occupe le fond de la scène. On distingue au loin une citadelle et un champ de bataille. Poulailler et bergerie sont munis de portes à deux battants horizontaux. Du muret dépasse une rangée de piques, hallebardes et drapeaux français (ces éléments peuvent être déplacés).


SCÈNE PREMIÈRE

Léandre, Le Général puis Armand, trois mousquetaires
Léandre
Je vous vais retracer le tableau de sa gloire.
Maupertuis n'est pas homme à conter une histoire
Dont il fut l'héroïque et principal acteur ;
Il craindrait, l'étalant, de froisser son honneur.
La bataille en ce jour demeurait indécise
Quand ce fier capitaine, en lançant sa devise,
Courut à l'Espagnol avec tant de fureur
Que Mars en son Olympe en mourut de terreur !
Etendant un Ibère à la moindre estocade,
II en faucha bien cent !
Armand
C'est une gasconnade !
Armand entre, suivi de trois mousquetaires. Il porte un drapeau espagnol.
Le Général
Monsieur de Maupertuis !
Armand,
saluant le général.
Monsieur le Général.
Le Général
Vous doit-on ce triomphe ?
Léandre
Il en est l’Hannibal !
Armand,
désignant Léandre et les mousquetaires.
Voici mes éléphants !
Il tend le drapeau au Général.
Prenez donc cette enseigne
Arrachée aux Romains dont vacilla le règne
Quand taillant à l'envi, le vaillant bras gascon
Fit passer à César le goût du Rubicon.
Le Général
Que me chante-t-il là ? Une légion romaine ?
Ne combattons-nous pas dans cette morne plaine
Les troupes de Castille et celles d'Aragon ?
Armand, à part.
Il est, sous ses galons, sot, vain, fat et bougon.
On reconnaît bien là les vertus de sa charge !
Le Général
Plaît-il ?
Armand
Je disais que… plus qu'au soldat qui charge,
Louanges et lauriers se doivent attribuer
À vous qui sans compter nous envoyez tuer !
Le Général
Ah ? Bien ! C'est ma foi vrai.
À Léandre :
Mon fils, je te confie
Le soin de ce bivouac. Qu'on me le fortifie !
Nous attendrons ici l'estafette du roi
Qui dira vers quel front je dois porter l'effroi.

SCÈNE II

Armand, Léandre, mousquetaires
Tous s'activent à la construction d'une barricade, au milieu de la scène, entassant sacs, tonneaux, charrette et meubles que les mousquetaires sortent de la maison. Parmi ces derniers, une table et un tabouret, que l'on pourra déplacer.
Léandre
Consolidez ce mur ! Là, des chevaux de frise !
Armand,
assis sur la barricade, aiguisant son épée. À Léandre :
Vous avez chaque jour la mine un peu plus grise
Et traînez à la lèvre un éternel soupir.
Seriez-vous comme moi las de tant obéir,
Ou sont-ce les cieux bas de la brumeuse Flandre ?
Léandre
C'est un secret si lourd…
Armand
Eh bien, parlez, Léandre !
Léandre
Je n'étais qu'un oison, tout frais tombé du nid,
Quand accompagnant père en voyage à Madrid,
J'entrevis au Prado, dans l'ombre d'une duègne,
Celle qui sur mon âme établit son doux règne.
Mais depuis lors, hélas ! cette guerre éclata,
Me privant à jamais de ma Señorita.
En écoutant ce cœur, je trahirais mon prince
Et mon honneur jaloux voulait que je devinsse
De son père et des siens l'implacable assassin !
Le poussier des canons, des pas du fantassin,
D'une gangue assombrit la précieuse gemme
De mon ardente amour.
Armand
Ah mordious ! Quel dilemme !
À son épée :
Toi qui te demandais s'il est de bon aloi
D'aller tuer des gens pour les beaux yeux d'un roi…
Nous tenons là, ma lame, une fort belle cause :
Tu te lassais du lys, tu serviras la rose !
La fleur ne peut éclore en ce printemps guerrier ;
Nous irons donc cueillant quelques brins de laurier
Dessus le frais gazon des talus, des escarpes,
Étrangler les buccins à la corde des harpes !
À Léandre :
Une prompte victoire assurant vos amours,
Je vais de ce conflit précipiter le cours !
Léandre
Vous me rendez l'espoir ! Merci, cher camarade !
Érigeons le cœur gai redoute et barricade !
Un mousquetaire,
portant le drapeau espagnol.
Et ça, là, j'en fais quoi ?
Léandre,
gaiement.
Mets-le sur ce tonneau !
Un deuxième mousquetaire
Racontez-nous comment vous prîtes ce drapeau !
Léandre
Quand Armand aperçut, en haut d'une éminence,
L'étendard qui clamait l'ibérique arrogance,
II quitta la mêlée et chargea tout de go !
C'est alors que surgit un terrible hidalgo…
Armand
Quoi que fort jeune encore il avait le poil gris
Et découvrait les crocs sous un cruel souris.
Avec un œil si noir qu'on l'eût dit prêt à mordre
Et le fil de l'épée impossible à retordre,
Cet hidalgo sentait, coq à l'ergot têtu,
L'oiseau de basse cour, mais de haute vertu.
Au bout d'un bras noueux sa sifflante rapière
Décrivait de grands arcs à la courbe meurtrière.
L'acier de nos estocs s'abattait sans trancher :
Quand je trompais sa garde, il manquait m'embrocher,
Des bottes qu'il portait je savais les parades
Et nos fers s'essoufflaient en de vaines tocades.
Une estafette entre, en courant. Il porte un petit cor en sautoir et tient à la main un rouleau de papier entouré d'un ruban bleu.
Léandre
Ce combat de Titans faisait trembler les cieux !
L'estafette s'arrête pour écouter le récit.
Armand
II durerait encor sans un boulet heureux
Qui venant s'écraser au sommet de la butte
Dans un fracas d'enfer interrompit la lutte.
L'explosion fit voler à cent pieds de hauteur
L'hidalgo, l'étendard et votre serviteur.
Devant la gravité de cet impondérable,
Je songeai par bonheur aux graines de l'érable :
Saisissant le drapeau par sa hampe en bois d'if,
J'imprimai de la paume un élan rotatif
Et me reçus sans heurt, virevoltante plume,
Tandis que l'Espagnol chutait comme une enclume.
Premier mousquetaire
Mille Dious ! Quel récit !
L'estafette
Moi, je le trouve abscons !
Premier mousquetaire
II nous paraît crédible, à nous autres Gascons !
Deuxième mousquetaire
Quel est cet estafier ?
L'estafette
Je suis une estafette.
Il souffle dans son cor, qui produit un son ridicule.
Où sont vos officiers ? Il faut que je remette
Cette lettre au plus vite à votre général.
Armand, désignant la maison.
En ce logis s'étend son prestigieux quintal.
L'estafette, sonnant du cor, entre dans la maison.
Premier mousquetaire
Nous n'allons pas tarder à nous remettre en route !
Deuxième mousquetaire
Sans poser un derrière…
Premier mousquetaire
Et sans casser la croûte !
Armand, furetant.
N'avons-nous pas ici de quoi ravitailler
Ce maigre corps d'armée ?… Oh ! Oh !… Un poulailler !
Il passe la tête par l'ouverture du poulailler. Gloussements terrifiés de la volaille.
Ô temple du palais ! Ô troublantes Sabines !
Pillons ce sanctuaire ! Enlevons ces gélines !
Ajoutons sans tarder à notre impédiment
Chapons et coquelets…
Le Général,
depuis la maison.
Soldats ! Rassemblement !
Léandre et les mousquetaires ramassent leurs armes et se mettent en rang. Armand a un temps de retard. Le Général sort de la maison. L'estafette lui emboîte le pas.
L'Espagnol sur nos pas a rameuté sa troupe
Et pointera bientôt…
L'estafette
le nez sur notre croupe !
Le Général
Silence ! En rang ! Marchons ! Jouez, fifre et tambour !
Roulements de tambour, air de fifre. Le Général, Léandre, l'estafette et les mousquetaires sortent, en colonne, au pas. Derrière le muret, drapeaux et hallebardes sortent parallèlement. Armand récupère le drapeau espagnol sur la barricade.
Armand
Adieu, cher poulailler ! Adieu, ma basse-cour !
Il sort.

SCÈNE III

Armand
Armand,
entrant, sans le drapeau.
Bon, tant pis, je reviens. Fi de la discipline !
Comment abandonner ce vers quoi tant j'incline ?
Je courrai s'il le faut pour regagner le rang
Mais ne puis rester sourd à l'appel de mon sang !
Il passe la tête dans le poulailler. Gloussements terrifiés.
Hum ! Par qui commencer ? Le poulet, ou la poule ?
Son de fifres et de tambours qui approchent.
J'entends le son du fifre et le tambour qui roule !
Voici les Espagnols ! Cachons-nous, Capdediou !
Il entre dans le poulailler.
Poussez-vous, les poussins ! Allez, allez !
Les poussins
Piou ! Piou !

SCÈNE IV

Armand – caché dans le poulailler –, Le Commandeur, L'Ordonnance, Soldats espagnols, puis Don Lope
Le Commandeur et son ordonnance entrent, suivis de soldats espagnols. Des hallebardes et des oriflammes, dépassant du muret, entrent parallèlement.
L'Ordonnance,
au Commandeur.
C'est à lui que l'on doit cette contre-offensive.
Sa fureur au combat fut pour nous décisive.
Il n'a jamais remis son épée au fourreau
Depuis que l'ennemi lui a pris ce drapeau !
Don Lope
Par la chair et le sang ! Par le fer et la foudre !
Il entre, fulminant, rapière au poing.
Courons sus au Français, que je puisse en découdre !
L'Ordonnance,
à Don Lope :
Calmez-vous, Don Lope.
Au Commandeur :
Le voici, Commandeur.
Le Commandeur,
à Don Lope :
Señor Villalobos, vous nous fîtes honneur !
Don Lope
Je ne puis, votre grâce, accepter cet hommage,
N'ayant pas su garder, honte de mon lignage,
L'estime et l'étendard de notre régiment.
Armand,
passant le nez par l'ouverture du poulailler.
Mais c'est mon hidalgo !
Don Lope se retourne, Armand disparaît. Même jeu à chaque intervention d'Armand.
L'Ordonnance, au Commandeur.
Il ne dit pas comment
II perdit ce drapeau : sur un coup de malchance !
Ce ne fut certes pas par manque de vaillance.
Don Lope
J'avais pour adversaire un Français roux de peau.
Sa rapière était bonne et le combat fut beau.
J'aurais pu, j'aurais dû, l'étendre à la prémisse…
Armand
Encore eût-il fallu que je vous le permisse !
Don Lope
De ce joli duel. Mais pour un peu tâter
De son savoir martial, d'abord, sans me hâter,
J'aiguillonnais son buffle avec ma banderille.
Quand j'allais mettre à mort…
Armand
Tu fanfaronnes, drille !
Don Lope
Ce brave gentilhomme…
Armand
Ah ! Voilà qui est mieux.
Don Lope
Mon bras fut arrêté par un boulet fâcheux
Qui soufflant entre nous un écran de fumée
Permit à ce coquin de rallier son armée
Le drapeau sous le bras. J'enrage de ce tour !
Mais, por vida del rey ! je prendrai chaque jour
Une stère, un boisseau, des forêts de bannières !
Dussé-je pour cela peupler vingt cimetières !
Armand
Cet Espagnol me plaît ; il tient de Don Quichott !
Don Lope
Avez-vous entendu ?
L'Ordonnance
Quoi donc ?
Don Lope,
montrant le poulailler.
Là-bas !
Armand,
contrefaisant la poule.
Cott ! cott !
Le Commandeur
Señores !
L'Ordonnance
Commandeur ?
Le Commandeur,
l'air pompeux, la voix forte.
Un courrier d'importance
Doit m'être acheminé par une diligence.
Ce pli frappé du sceau de notre état-major
Contient un plan secret…
Don Lope, méfiant.
Un ton plus bas, Señor !
Le Commandeur, bas.
Un plan si décisif, qu'il offre la victoire !
Armand
Je suis de ce secret l'attentif auditoire !
Le Commandeur
Nous dresserons ici mon quartier général.
Fortifiez la place !
Don Lope, l'aide de camp et des soldats espagnols ajoutent de nouveaux éléments à la barricade. Don Lope laisse choir par inadvertance un sac de sable sur le pied du Commandeur.
Ay ! Mon pied ! ça fait mal !
L'Ordonnance
Votre grâce !
Le Commandeur
Un docteur ! Le barbier !
L'Ordonnance
Impossible !
Notre chirurgien, ce matin, c'est horrible,
En amputant un pied se scia les deux bras !
Don Lope, grave.
Trop de veille et de soins… Le pauvre homme était las.
Le Commandeur
Trouvez un médecin !
L'Ordonnance
Mais où donc ?
Le Commandeur
Que m'importe !
Don Lope
Le pays est désert, la cité, ville morte.
Tous les civils ont fui, chargés de leur ballot.
Armand, grave.
Pour les raisons qu'on voit dans l’œuvre de Callot !
Le Commandeur
Je veux un médecin !
L'Ordonnance
Mais…
Le Commandeur
Aïe !
L'Ordonnance
Où ?…
Le Commandeur
Je l'exige !
Le Commandeur claudique vers la maison. L'ordonnance et les soldats courent en tous sens.
L'Ordonnance
Un docteur ! Pressons ! vite !
Le Commandeur
Aïe ! Oh !
L'Ordonnance
Du nerf, vous dis-je !
Le Commandeur disparaît dans la maison. Les autres sortent en courant. Derrière le muret, hallebardes et oriflammes leur emboîtent le pas.

SCÈNE V

Armand
Armand,
sortant du poulailler, couvert de paille et de plumes.
Ce gras et douillet Dom va servir mon dessein !
Je pourrais l'approcher, vêtu en médecin,
Dérober sous son nez ce courrier qu'il espère
Et signant d'un trait vif la fin de cette guerre,
Voir s'agenouiller Mars aux pieds d'Amour vainqueur.
Il s'approche de l'épouvantail et examine l'habit.
Je saurai bien assez contrefaire un docteur,
Avec un peu de robe et de poil à la joue,
Et trois mots de latin dits d'une belle moue !

SCENE VI

Le Commandeur, Soldats espagnols puis Don Lope, L'Ordonnance puis Armand
Des soldats sortent de la maison, portant un fauteuil sur lequel repose le Commandeur, un énorme bandage au pied. Don Lope et l'ordonnance font leur entrée.
Le Commandeur
Doucement ! Posez-moi ! Alors, ce médecin ?
L'Ordonnance
Toujours rien, votre grâce.
Le Commandeur
Incapable ! Assassin !
Veux-tu m'abandonner à une mort ingrate ?
Armand,
d'une voix forte.
Par les dents de Galien ! Par les crocs d'Hippocrate !
Don Lope tire l'épée. Armand, vêtu en médecin, entre d'un pas solennel. Il porte la robe et le chapeau pris sur l'épouvantail (son épée et son feutre sont cachés dans le poulailler).
Le Commandeur
Qui est-ce ?
L'Ordonnance
Un médecin !
Armand,
à Lope, qui pointe son épée vers lui.
Prends garde, inconscient !
Le Commandeur
Holà ! Señor ! à moi !
Armand
Qui est-ce ?
Le Commandeur
Un patient !
Armand
Assurément, Monsieur, il vous va falloir l'être,
J'ai cent lits à vider avec l'aide d'un prêtre.
Nous administrerons, moi, de grands lavements,
Lui, s'ils n'ont pas suffi, les derniers sacrements.
Le Commandeur
Consultez-moi d'abord ! Je me tords de souffrance !
Armand
On soigne uniquement des sujets d'importance
Lorsqu'on sort comme moi des plus grands instituts.
Le Commandeur
Je suis le Commandeur !
Armand
Laissons là vos statuts.
Je vous ausculterai ; vous sentez le cas rare.
Votre pouls. Faites : "ah !"
Le Commandeur
Ah !
Armand
Dignus est intrare !
Le Commandeur
J'ai mal là.
Armand
Taisez-vous. Comme dit Juvénal :
Semper ego audi-tor tan-tum ! Il a mal…
Ici !
Il appuie sur le pied du Commandeur, qui pousse un cri.
Le médecin, c'est moi, ne vous déplaise.
L'impertinent malade ! Il veut une anamnèse !
S'épancher, se répandre ! Est-on son confesseur ?
Mon rôle est de guérir les corps et non le cœur.
C'est compris ?
Le Commandeur
Oui, docteur.
Armand
L'on se tait. L'on écoute.
Cette patte est enflée…
Le Commandeur, inquiet.
Une crise de goutte ?
Armand, furieux.
O miseras mentes ! C'est le contraire exact !
Que ressentez-vous donc à ce léger contact ?
Il écrase violemment le pied du Commandeur, qui crie de douleur.
Vous n'êtes point goutteux, pas plus qu'apoplectique !
Ce qui, sciant ce nerf, suit ici l'os sciatique,
S'instille en tâtonnant et titille au tendon,
C'est une humeur… maligne !
Il écrase à nouveau le pied du Commandeur.
Le Commandeur
Ah ! Je meurs !
Armand
Oh ! pardon.
Cette humeur a pour nom…
Le Commandeur
Parlez !
Armand
L'anorexie !
Le Commandeur
Est-ce grave ?
Armand
Assez, oui… la panse est rétrécie.
Mangez-vous bien de tout ?
Le Commandeur
De tout ? Un peu…
Armand
Beaucoup ?
Le Commandeur
Pas mal…
Armand
Parfait ! Mangez ! Soyez un ogre ! Un loup !
Je vous prescris… Papier !
Des soldats prennent sur la barricade une table et un tabouret qu'ils posent devant le fauteuil du Commandeur. Un autre soldat, sortant de la maison, apporte un écritoire. Armand s'installe et écrit.
Rôtis, pâtés, terrines,
Croustades et soufflés, fricandeaux, galantines,
Du jambon, des salmis, des magrets, du confit,
Le fromage, un dessert et pour finir : un fruit.
Le tout sera bien sûr arrosé sans vergogne
De flacons de Bordeaux et de muids de Bourgogne.
Le Commandeur
Je me sens déjà mieux !
Armand
Ajoutons…
Le Commandeur fait mine de se lever. Armand le fait se rasseoir.
Hep ! hep ! hep !
Quelques doigts d'Armagnac, ce souverain julep,
Qui vous feront l'œil vif et la truffe vermeille.
Comment vous sentez-vous ?
Le Commandeur
Je me porte à merveille !
Don Lope
Cela paraît trop beau !
Armand
J'unis dans mon corpus
Le plaisant à l'utile : Esculape et Bacchus !
Don Lope
Prenez garde, Señor, ce mielleux médicastre
Cherche à vous abuser, flattant votre épigastre !
Ce n'est qu'un charlatan !
Le Commandeur
C'est une sommité !
Ses conseils sont fort bons : buvons à ma santé !
Bruit d'un attelage qui approche.
L'Ordonnance
Commandeur ! Commandeur ! Voici la diligence !
Le Commandeur, se levant.
Courons…
Il bute contre la table.
Ay ! l'accueillir.
Il sort en claudiquant, soutenu par l'ordonnance. Don Lope les suit.

SCÈNE VII

Armand, Don Lope
Armand,
se frottant les mains.
Parfait !
Don Lope,
entrant discrètement.
Que manigance
Ce matois médecin ? Serait-ce un espion ?
Son museau m'est connu…
Il tourne autour d'Armand. Celui-ci roule son ordonnance et l'entoure d'un ruban vert.
Armand, à part.
Je subis la question
D'un œil inquisiteur. Si je m'attendais…
Trois inquisiteurs vêtus de pourpre cardinalice traversent en courant le fond de la scène.
Qu'est-ce ?
Don Lope et Armand s'étonnent de l'apparition puis reprennent leur jeu précédent.
Don Lope
Dites-moi : l'on se vit, ce me semble…
Armand
À la messe ?
Don Lope
Il me souvient de vous…
Armand
Vous aurais-je ausculté ?
Usâmes-nous ensemble un banc de faculté ?
Don Lope
Je connais cette voix, je connais cette mine…
Armand
Souhaitez-vous, Monsieur, que l'on vous examine ?
Don Lope, à part.
C'est un faux médecin ! Je me fie à mon flair.
À Armand :

Voyons, sans ce chapeau, de quoi vous avez l'air !
Armand, esquivant le geste de Don Lope.
J'entends le pas léger de Sa Ventripotence,
Qui galope vers nous depuis la diligence !
Don Lope, à part.
J'arracherai son loup ! Je le démasquerai !
Armand, à part.
Il est plus fin renard que je ne le pensai.

SCÈNE VIII

Armand, Don Lope, Le Commandeur, Doña Lucinda, L'Ordonnance
Le Commandeur fait son entrée, accompagné de Doña Lucinda. L'ordonnance les suit. Le Commandeur tient à la main un rouleau de papier entouré d'un ruban rouge.
Don Lope, s'inclinant.
Doña Lucinda.
Armand
Dieu ! Quelle exquise présence !
Le Commandeur, furieux.
Elle vient d'arriver avec la diligence !
À Doña Lucinda :
Je t'avais défendu de venir jusqu'ici !
Don Lope
Ay ! Elle est à croquer !
Armand, émerveillé.
Le ciel s'est éclairci !
À Doña Lucinda :
Un doux rai, d'un fil d'or, irise l'atmosphère.
Un rai, que dis-je ? un flot, un torrent de lumière,
Qui jaillit de vos yeux pour envahir mon cœur !
Baissez le cil, Madame, il y a trop de bonheur
À puiser aux reflets de ce regard limpide :
Mon âme ensorcelée, ô troublante Euménide,
S'irait perdre en ces lacs où déjà la noyez.
Le Commandeur
Hé ! Ho ! Dites donc, là ! Mais où vous vous croyez ?
C’est ma fille !
Armand
Ah ? Pardon !
Le Commandeur
Ma fille à qui j'ordonne
De rentrer sur le champ !
Doña Lucinda
Père !
Le Commandeur
Hé quoi ! L'on raisonne ?
Tu rentres à Madrid ! M'entends-tu, Lucinda ?
Doña Lucinda
Si j'ai quitté l'Espagne et rejoint l'armada,
C'est que j'étais de vous inquiète et sans nouvelle !
Le Commandeur
Cet endroit n'est pas fait pour une jouvencelle !
Doña Lucinda
Ô père, s'il vous plaît !
Le Commandeur
Te garder, je ne puis !
Doña Lucinda
Je sais qu'il ne sied guère à l'enfant que je suis
De hanter les bivouacs et les champs de bataille.
Mais je suis votre sang et ce sang veut que j'aille
Où mon père glorieux va se couvrant d'honneur,
Croulant sous les lauriers, plein d'auguste fureur !
Fille d'un Jupiter maniant si fort la foudre
Je ne puis au logis rester assise à coudre !
Le Commandeur, flatté.
Hum ! Bigre…
Doña Lucinda,
à part.
Il cède !
Le Commandeur
Allons ! Reste ici, chère enfant !
Tu pourras ainsi voir le guerrier triomphant
Dont tu portes le nom décider la victoire !
Et broder de ta main des tapis en mémoire
Des hauts faits accomplis en ce jour par ce bras !
Dans son élan magnanime, il bute du pied contre un obstacle.
Hou !
Doña Lucinda
Père !
Le Commandeur
Ay ! Ce n'est rien.
Doña Lucinda
Tss ! Vous mangez trop gras !
C'est la goutte, à coup sûr.
Le Commandeur
Pas du tout ! au contraire :
Je suis anorexique et dois, de bonne chère,
M'emplir à satiété. C'est ce que me prescrit
Ce médecin français.
Armand
C'est vrai.
Doña Lucinda
Vous avez dit français ?
Le Commandeur
Si fait.
Armand, saluant.
Madame !
Doña Lucinda,
s'évanouissant.
Oh ! Grand Dieu ! Je défaille !
Elle tombe dans les bras de Don Lope, qui s'en trouve fort embarrassé.
Le Commandeur,
brandissant son plan de bataille (le rouleau entouré d'un ruban rouge).
Ma fille a des vapeurs ! Des sels ! Et que l'on m'aille
Quérir un médecin !
Armand,
suivant les mouvements du plan de bataille.
Il me faut ce courrier !
Don Lope allonge Doña Lucinda sur la table.
Le Commandeur, à Armand.
Mais vous, qu'attendez-vous ? Courez donc la soigner !
Armand
J'y vais, j'y cours, j'y vole ! Au vent ! De l'air ! Du vide !
Veuillez vous écarter de cette enfant languide !
Il tend l'ordonnance (ruban vert) au Commandeur :
Tenez cette ordonnance.
Il se penche vers Doña Lucinda et fait mine de l'examiner.
Hum… Ah !… Rendez-la moi.
Il s'empare d'autorité du courrier au ruban rouge. Il le déroule et le parcourt.
"Portez tous vos canons du côté de Rocroi…"
Le Commandeur
Hein ?
Armand, éventant Doña Lucinda avec le document.
Je crois qu'elle éprouve une affection grave :
Gallophilose aiguë ; et je veux sans entrave
Pouvoir l'en soulager. Renvoyez tous vos gens !
Le Commandeur, chassant ses hommes.
Allez ! Allez !
L'Ordonnance et les soldats sortent. Armand pousse le Commandeur vers la sortie.
Le Commandeur
Mais…
Armand
Oust ! Vous aussi ! C'est urgent !
Le Commandeur sort emportant l'ordonnance (ruban vert). Armand parcourt le document pris au Commandeur, le replie avec satisfaction et l'entoure du ruban rouge.
Don Lope, à part.
Je ne laisserai pas cette accorte ingénue
Seule avec un coquin qui n'a que la tenue
Du respectable état qu'il s'en va proclamant.
En me dissimulant dedans ce bâtiment,
Je saurai dévoiler cette supercherie.
Il entre dans la bergerie.
Tiens ?
UN MOUTON
Mêê !
Don Lope
Mais !
UN MOUTON
Mêê !
Don Lope
Por Dios ! C'est une bergerie !

SCÈNE IX

Armand, Doña Lucinda, Don Lope - caché dans la bergerie - puis Trois inquisiteurs
Armand,
s'apprêtant à partir, le courrier en main, il revient vers Doña Lucinda, toujours inanimée, puis multiplie ses allées et venues.
Je sens lutter en moi le cœur et la raison.
C'est au mot de "français" que chut en pâmoison
Cette adorable infante à qui déjà je voue
Un amour… Le courrier ! Non ! Car ici se joue
Le renom du royaume et je dois faire don
De ma personne…
Il prend la main de Doña Lucinda.
Doña Lucinda,
se redressant.
Hé !
Armand, partant.
Non ! Des traits de Cupidon
Je dois parer la grêle et volant tel Mercure,
Remettre avec ce pli la victoire en main sûre !
Revenant :
Ne puis-je être à la fois messager et amant ?
Je deviendrais alors…
Il étreint les mains de Doña Lucinda.
un Mercure galant !
Doña Lucinda
Tout le monde est parti ?
Armand
La Donna reprend vie !
Doña Lucinda
Il faut que je vous parle !
Armand
À votre voix, ma mie,
Mes yeux sont plus soumis que ceux d'un épagneul !
Doña Lucinda
Je feignis ce malaise afin de vous voir seul.
Armand
J'avais su dévoiler votre charmante ruse ;
C'est bien souvent qu'ainsi chez nous la belle abuse
L'œil d'un père aux aguets, celui d'un chaperon,
Qu'elle fuit, pâle encor, pour rosir au balcon
Sous lequel se transit un amant qui soupire.
Don Lope
Oyez-le roucouler, regardez-le sourire !
Ah, le fourbe ! Ah, l'infâme ! il fait le joli cœur !
Qu'il ne s'avise point d'attenter à l'honneur
De Doña Lucinda car, pour sûr, je l'embroche !
Il tire l'épée. Bêlements effrayés des moutons. Armand s'alarme, puis reprend son jeu.
Armand
Votre peau de satin, quand ma lèvre est si proche,
Au vent de mes soupirs se moire d'un frisson.
Il essaie d'embrasser Doña Lucinda.
Doña Lucinda,
giflant Armand.
Monsieur le médecin, vous êtes polisson !
Et vous vous méprenez : l'intérêt que je porte
À votre nation n'est dû d'aucune sorte
À ce renom douteux dont s'enfle le mollet
Des goujats de Paris !
Armand
Vertudieu, quel soufflet !
Don Lope
Tu ne l'as pas volé !
Armand
Mais alors, votre feinte ?
Doña Lucinda
Français – et médecin –, vous enjambez l'enceinte
Que je ne puis franchir et pouvez approcher
Celui qui, d'un regard, sut un jour décocher
Une flèche fatale au repos de mon âme !
Armand, déçu.
Ah ! C'était pour cela… Se reprenant :
Poursuivez donc, Madame.
Doña Lucinda
L'évoquer simplement me plonge dans l'émoi…
Armand, peiné.
Elle ne porte pas même un seul regard sur moi !
Doña Lucinda
Brûlant d'un feu soumis au gré de vents contraires,
J'aime pour mon malheur un de vos mousquetaires !
Don Lope
Cette affaire galante est affaire d'État !
Doña Lucinda
Ô Lui qui au bûcher voue un cœur apostat !
Apparition discrète et fugace des trois inquisiteurs.
Le voulant pour seigneur, c'est mon roi que j'insulte
Et j'offusque l'Olympe en lui rendant un culte
Dont Mars, le souffle haineux, veut disperser l'encens !
Il règne sur mon corps, il étend à mes sens
Un empire où jamais son soleil ne se couche :
En tous lieux, jour et nuit, son nom tremble à ma bouche !
Mais les rois et les dieux, pour punir cet affront,
Ont tracé entre nous une ligne de front.
Don Lope
Je devrais condamner cette traîtresse flamme,
Mais compatis toujours au chagrin d'une dame.
Armand
Le cœur est au supplice et se déchire en deux
Quand s'opposent ainsi le devoir et les vœux.
Doña Lucinda
Pas du tout ! J'ai tranché : foin de guerre imbécile !
Nous partirons au loin pour nouer notre idylle !
Don Lope
Por Dios !
Armand
Parbleu !
Don Lope
Mais !…
Armand
Mais…
Les moutons se mettent à bêler.
Vous seriez déserteurs !
Doña Lucinda
Et alors ?
Armand
Et vos rois ?
Doña Lucinda
Bof !
Armand
Et vos géniteurs ?
Doña Lucinda
Son père est un dindon, le mien, une baderne,
Qu'importe leur courroux !
Don Lope
Cette fille est moderne !
Armand
Vous perdez la raison !
à part, tristement :
Mais peut-on l'en blâmer ?
Je la perdrais aussi si j'avais au cimier
Le chiffre et les couleurs de cette gente dame…
Don Lope
II garde les yeux secs mais renifle de l'âme !
Armand, à part.
De cette amour si belle aidons le dénouement ;
N'en étant point l'objet, j'en serai l'instrument !
Portant haut ce gros cœur minci d'une élégance,
Je ferai son bonheur sans trahir ma souffrance.
à Doña Lucinda :
Madame, ordonnez donc, je suis votre valet !
Doña Lucinda
Pourriez-vous lui remettre en main propre…
Elle tend à Armand une lettre roulée dans un ruban rose.
Armand
Un poulet !
Il prend la lettre et exécute une brève révérence.
Je cours le lui porter !
Il part en courant et quitte la scène, côté poulailler. Don Lope sort de la bergerie. Bêlements. Il se rue à la poursuite d'Armand. Mais celui-ci revient sur ses pas. Don Lope, surpris, termine sa trajectoire dans le poulailler. Caquètements des poules.
Armand
Le nom du gentilhomme ?
Doña Lucinda
Ne vous l'ai-je pas dit ?
Armand
Euh… non.
Don Lope
Non.
Doña Lucinda
II se nomme…
Ô doux nom que je grave au marbre des autels !
Tes accents, ton emprise et tes pouvoirs sont tels
Que seul un long soupir peut…
Armand
Parlez sans méandre.
Doña Lucinda
Son nom…
Elle se perd dans une douce rêverie.
Armand
De grâce !
Don Lope
Allez !
Doña Lucinda
Son nom, c'est…
Armand
C’est ?
Doña Lucinda
Léandre !
Armand
Léandre ? ! Ah çà ! Madame ! il est de mes amis !
Quel heureux coup du sort ! Je lui avais promis
D'assurer son bonheur par un prompt armistice.
Sans le savoir, déjà, j'étais votre complice,
Puisqu'œuvrant dans ce but je servais vos desseins !
Doña Lucinda
Vous êtes un amour ! Un amour médecin !
Armand
Je ne suis pas docteur.
Don Lope
J'en étais sûr !
Armand, ôtant son chapeau.
Je quitte
Avec ce couvre-chef mon serment d'hypocrite
Pour vous convaincre mieux de ma sincérité.
Don Lope
Où donc ai-je aperçu ce goupil si futé ?
Doña Lucinda
Vous me rendez l'espoir ! Que dois-je faire ?
Armand
Attendre.
Rejoignez votre père et attendez Léandre.
Tous les murs entre vous bientôt s'effondreront.
D'ici là, prenez garde, éloignez-vous du front ;
Je me charge de tout.
Doña Lucinda
Je suis si redevable…
Merci du fond du cœur.
Elle l'embrasse sur le front et s'en va d'un pas léger. Armand en reste figé. Elle le salue d'un geste charmant.
Au revoir !
Elle sort.
Armand, pour lui-même.
… Adorable !

SCÈNE X

Armand, Don Lope - toujours caché dans le poulailler
Armand
Bon ! Débarrassons-nous de ce docte oripeau.
Il ôte son habit.
Ah ! Voilà qui est mieux.
Don Lope
Le voleur de drapeau !
Ainsi c'était donc lui… Ah ! le sournois ! le pleutre !
Armand,
glissant dans son pourpoint les deux lettres (ruban rose et ruban rouge).
Ma rapière, où est-elle ? Ah oui ! avec mon feutre,
Dedans le poulailler.
Passant la main par l'ouverture du poulailler, Don Lope tend à Armand son épée et son chapeau. Caquètements des poules.
Don Lope
Tenez.
Armand,
prenant épée et chapeau, sans s'apercevoir de rien.
Merci.
Don Lope
De rien.
Armand marque un temps d'arrêt. Don Lope surgit du poulailler, rapière au poing, dans un vol de plumes et un concert de caquètements effrayés.
Ha ! Ha !
Armand
Le Matamore !
Don Lope
Ha ! Ha ! Ha ! Tremble, chien !
Armand
Ho ! Parlez-moi meilleur ! Je suis un gentilhomme !
Don Lope
Peut-on savoir comment Sa Seigneurie se nomme ?
Armand, saluant.
Armand de Maupertuis, baronnet d'Arudy,
Pour vous servir.
Don Lope, saluant.
Lope de Villalobos y
Sangrin.
Armand, saluant.
Monsieur.
Don Lope, saluant.
Señor.
Il se fait menaçant.
Vous volez ma bannière,
Vous nous espionnez…
Armand
Hé parbleu ! c'est la guerre.
Don Lope
Vous la faites bien mal !
Armand
J'ai le bon droit pour moi.
Don Lope
Pour moi, j'ai le bon Dieu, qui bénit notre roi !
Armand
Mon roi est Très Chrétien !
Don Lope
Mais pas Très Catholique !
L'étendard de mon prince a valeur de relique ;
Il vous faudra, Señor, me le restituer,
Sans quoi…
Armand
Sans quoi… quoi ?
Don Lope pointe son épée vers Armand.
Hé !
Don Lope
Je devrai vous tuer.
Armand
Ah ! Donner c'est donner ! c'est voler que reprendre !
Don Lope
Je ne l'ai pas donné !
Armand
Je ne puis vous le rendre.
Don Lope
A défaut du drapeau, vous me rendrez raison.
Armand
Sur le pré ?
Don Lope
Sur le champ !
Armand
Sans témoins ?
Don Lope
Sans façon.
Nous sommes gens d'honneur et Dieu, qui nous regarde,
Nous départagera.
Armand, saluant de l'épée.
Monsieur.
Don Lope, saluant de l'épée.
Señor.
Armand
En garde !
Les épées s'entrechoquent. Les duellistes avancent en direction de la maison. Le combat se poursuit à l'intérieur. Tintement des lames, fracas et bruits divers. Sonnerie de cor annonçant l'entrée de l'estafette qui passe, portant un rouleau ceint d'un ruban bleu. Il semble chercher son chemin. Comme il quitte la scène, Lope et Armand réapparaissent.
Armand
Vous n'avez pas beaucoup de conversation.
Hâ ! (il bâille) je m'ennuie un brin… Hop ! Hop ! attention !
Goûtez-moi ce revers !
Don Lope
Parez donc cette botte !
Il pousse une botte qui fait reculer Armand.
Vous rompez !
Armand,
se mettant hors de portée des coups de Don Lope.
Que nenni : j'esquive, j'asticote !
Don Lope
Vous fuyez le combat !
Armand
Vous brassez de l'éther !
Vous moulinez du vent !
Don Lope
Battez-vous, par l'enfer !
Armand,
tournant autour de la barricade tandis que Don Lope essaie en vain de le frapper.
J'aiguillonne vos nerfs et les roule en pelote !
À contempler ainsi votre estoc qui tricote
D'une maille idéale un habit cousu d'air,
Je revois mon aïeule au coin du feu, l'hiver.
Vous devriez à ce fer qui s'agite en vains cycles,
Imitant Mère-Grand, adapter des besicles !
Mais vous couchez l'oreille et roulez de gros yeux !
Serait-ce pour me voir et pour m'écouter mieux ?
Et ces si grandes dents qui vous mangent la face ?
N'allez point me croquer ! vous feriez la grimace
En mordant le grinçant d'une arête d'acier.
Il contre-attaque, faisant reculer Don Lope.
Mais il faut que je songe à vous remercier :
Lors du joli duel que ce matin nous fîmes,
Vous étiez, m'a-t-on dit, d'une humeur magnanime,
Et m'auriez ménagé…
Don Lope,
reculant.
J'étais présomptueux.
Vous avez le bras sûr et le cœur vertueux.
De l'allant, du jarret, tout ce qu'il faut pour faire
Un bretteur redoutable, un sérieux adversaire.
Armand
Je puis vous retourner ce charmant compliment.
Don Lope,
contre-attaquant.
Ce que vous n'avez pas…
Il porte une botte qui surprend Armand.
Armand, reculant.
Hé !
Don Lope
Que j'ai…
Armand,
débordé par un enchaînement de coups.
Doucement !
Don Lope
C'est quelque chose, ici, qui vibre à chaque note,
Que le fer siffle ou tinte au rythme de ma botte,
Qui cadence mes coups, qui vous sera fatal,
Ne bat que pour tuer…
Il désarme Armand.
c'est un cœur de métal.
Il lui pointe son épée sur le cœur.
Armand
En perçant ce pourpoint, n'empourprez point la lettre
Que Lucinda destine à Léandre et peut-être,
Après m'avoir occis, pourriez-vous…
Don Lope
Je le peux.
Il prend dans le pourpoint d'Armand la lettre nouée d'un ruban rouge.
Votre ami, de ma main, recevra ces aveux.
Armand
Cet élan généreux au péril vous expose.
Don Lope
Un grand amour, Hombre, fait une belle cause !
Je vais portant chez vous et la mort et ce pli
Me frayer un chemin, sans espoir de repli,
À travers vos soldats jusqu'au fameux Léandre.
Lui, je l'épargnerai.
Armand
Mais vous vous ferez prendre !
Don Lope
Ils n'auront qu'une peau que je vends chèrement :
Elle coûte au bas mot le tiers d'un régiment !
Armand, à part.
Sa vaillance m'émeut : à peu que je n'en pleure !
à Don Lope :
Fort bien. Je mourrai donc, puisqu'il faut que je meure,
Cœur léger, tête haute et conscience en repos ;
Car la main qui me frappe est celle d'un héros.
Faites donc sans tarder, s'il vous plaît, votre office.
Don Lope hésite.
Allons ! frappez, Monsieur, et que l'on en finisse !
Don Lope,
remettant l'épée au fourreau.
Je vous laisse la vie.
Armand
Ah çà ! en quel honneur ?
Don Lope
Mais… le vôtre ! Et le mien. Car j'ai quelque pudeur
À charger par surprise une place endormie.
Portez-vous au devant de la troupe ennemie,
Dites-lui que j'arrive et faites-la s'armer.
Armand
Avez-vous pour cela tant besoin d'un coursier ?
Pourquoi m'épargnez-vous ?
Don Lope
Parce que… Bah ! puis… Peste !
C'est ainsi ; et c'est tout. Pour la beauté du geste.
Je peux changer d'avis… vous devriez décamper !
Armand
Vos airs de Rodomont ne sauraient me tromper :
Vous vous faites, Monsieur, plus méchant que vous n'êtes !
Don Lope
Je suis bien plus cruel que la pire des bêtes !
Armand
Pourtant, je vois pointer sous le buffle et les crocs…
Don Lope
Quoi ?
Armand
Votre humanité.
Don Lope,
bougon.
Je ne vous hais point trop…
Ça vous va ?
Armand,
enthousiaste.
Dans mes bras, épouvantable reître !
Faisant un coup d'Essais avec vos coups de maître,
En gagnant un duel, vous gagnez un ami !
Don Lope,
repoussant Armand, d'un ton sec.
Holà ! tout doux, Señor. Nous restons ennemis.
Portant la main à son épée.
Je n'ai foi qu'en ce fer ; c'est mon seul frère d'armes !
Armand éclate en sanglots.
Allons bon !
Armand
Bou-hou-hou !
Don Lope
Voilà qu'il fond en larmes !
Là, là, ça va passer… Que vous arrive-t-il ?
Armand
La guerre est trop injuste !
Don Lope
Eh oui !
Armand
Dans le civil,
Vous, vous seriez moins teigne, et moi… La Boétie !
Don Lope, sévère.
Un guerrier doit avoir l'âme plus endurcie !
Armand,
séchant ses larmes, d'une petite voix.
Oui.
Don Lope
Hum ! Bon, écoutez… Quand la paix reviendra,
Si nous ne gisons pas raidis dessous un drap…
Je vous promets, et d'un : de ne pas vous occire,
Deux : de vous régaler aux frais du Saint Empire.
Engloutissant ma solde et mes parts de butin,
Je vous ferai servir un somptueux festin
Sous l'accueillant treillis d'une riante auberge
Où mordant des gigots à même la flamberge
Nous ferons bonne chère et nous rirons bien fort !
Armand
Nous chanterons bien faux !
Don Lope
Nous nous battrons encor !
Armand
Pas sur ordre du roi…
Don Lope
Mais pour l'œil d'une belle !
Armand
Et autour d'une chope éteindrons la querelle !
Don Lope
En trinquant à l'amour !
Armand
Et aux maris jaloux !
Don Lope
Ha ! Ha ! Maudit Gascon !
Armand
Ha ! Ha ! Chien d'Andalou !
Rire des deux compères, interrompu par le son de fifres et de tambours qui approchent.
Don Lope
Ce tambour nous ramène à des jours plus funestes.
Armand,
scrutant l'horizon.
Ce sont les nôtres ! Euh… Les miens. Partez !
Don Lope
Je reste.

SCÈNE XI

Armand, Don Lope puis Le Général, Léandre, Mousquetaires puis Le Commandeur, L'Ordonnance, Soldats espagnols puis L'Estafette puis Doña Lucinda
Le Général, Léandre et des mousquetaires – portant épée et mousquet – entrent. Un des mousquetaires porte un tambour. Derrière le muret entre aussi la rangée de hallebardes et de drapeaux. Parmi ces derniers : un drapeau français et l'étendard espagnol pris à Don Lope par Armand.
Le Général
Monsieur de Maupertuis ! Avec un Espagnol !
Léandre
Écartez-vous, Armand !
Le Général
En joue !
Les mousquetaires pointent leurs armes vers Don Lope.
Armand
Hé !
Le Général
Feu à vol…
Armand,
s'interposant.
Non ! Non ! Ne tirez pas !
Léandre
Désire-t-il se rendre ?
Don Lope
Jamais !
Léandre,
à Don Lope.
Alors, bats toi !
Don Lope,
à Léandre.
Connais-tu bien Léandre ?
Léandre
C’est moi !
Don Lope
Pour vous, ceci.
Il lui tend la lettre au ruban rouge.
Pour les autres… la mort !
Armand,
essayant de retenir Don Lope.
Attendez !
Don Lope
Lâchez-moi !
Son de fifres et de tambours qui approchent.
Léandre
II lui vient du renfort !
Le Commandeur, l'ordonnance et des soldats espagnols font leur entrée. Derrière le muret, une rangée de hallebardes et d'oriflammes suit le mouvement. Un des Espagnols porte un fifre.
Le Général
L'Espagnol !
Le Commandeur
Les Français !
Le Général
En avant !
Le Commandeur
À la charge !
Le tambour français et le fifre espagnol jouent un air martial. Soldats français et espagnols chargent. Derrière le muret, les hallebardes s'entrechoquent. Don Lope affronte des mousquetaires, Armand des soldats espagnols, mais ils ne se combattent pas l'un l'autre. Tous participent à la bataille, sauf le Général et le Commandeur, qui restent prudemment l'écart.
Un soldat espagnol
Hourra !
Un mousquetaire
Hardi !
Un soldat espagnol
Anda !
Un mousquetaire
Holà !
Don Lope
Olé !
Armand
Au large !
Don Lope,
se saisissant d'un drapeau espagnol dépassant du muret (celui qu'Armand lui avait dérobé).
Par la chair et le sang !
Léandre,
montrant à Don Lope la lettre au ruban rouge.
Ce mot, qui l'a écrit ?
Don Lope
Doña Lucinda !
Léandre
Ciel !
Il se retire du combat pour lire la lettre.
Armand,
se saisissant d'un drapeau français.
Maupertuis ose et rit !
La bataille se poursuit. Tumulte et cris. L'estafette entre, soufflant dans son cor. Il porte la lettre au ruban bleu. Il traverse la mêlée, évitant les coups, à la recherche du Général.
Le Commandeur,
au Général.
Que faites-vous ici ? Vous étiez en déroute !
Le Général,
au Commandeur.
Euh… Nous contre-attaquons !
Le Commandeur
Ah ? Ma feuille de route
A sûrement prévu ce cas-là…
Il extrait de son gant la lettre au ruban vert.
Armand,
se frappant le front.
Le courrier !
Je l'avais oublié !
Il extrait de son pourpoint la lettre au ruban rose et la tend au Général.
Lisez donc ce papier.
Il retourne se battre.
Le Général,
lisant la lettre au ruban rose.
"Vous blessâtes mon cœur d'une œillade assassine…"
Le Commandeur,
lisant la lettre au ruban vert.
"Croustades et soufflés, fricandeaux, galantine…"
Léandre,
lisant la lettre au ruban rouge.
"Portez tous vos canons du côté de Rocroi…"
Le Commandeur, lisant.
"Un flacon de Bordeaux…"
Le Général, lisant.
"Qui suscite un émoi…"
Le Commandeur, lisant.
"Et un doigt d'Armagnac…"
Le Général, lisant.
"Qui fait perdre la tête !?…"
L'estafette tourne autour du Général, essayant d'attirer son attention.
Léandre,
perplexe devant sa lettre.
J'entends mal…
L'Estafette,
au Général.
Général !
Le Général
Oui, Bon ! Quoi ?
L'Estafette
L'estafette !
Le Général, agacé.
Ah ! Plus tard !…
Le Commandeur,
perplexe devant sa lettre.
Qu'est ceci ?
Le Général, idem.
Qu'est cela ?
Doña Lucinda entre.
Léandre
Lucinda !
Doña Lucinda,
se précipitant vers Léandre.
Léandre !
Le Général,
retenant Léandre.
Ah çà, mon fils, tu la connais ?
Léandre
Oui-da !
Le Commandeur,
retenant Doña Lucinda.
Reste ici, toi !
Le Général,
à Léandre.
Deux mots…
Léandre
Je l'aime !
Le Général,
à Léandre.
… Une Espagnole !
Le Commandeur,
à Doña Lucinda.
… Un Français !
Doña Lucinda
Mais je l'aime !
Le Général
Il est fou !
Le Commandeur,
à Doña Lucinda.
Tu es folle !
Don Lope et Armand grimpent sur la barricade et y plantent leurs étendards respectifs. Ils se retrouvent face à face. L'estafette embouche son cor et souffle dans l'oreille du Général.
Le Général,
abasourdi.
Corbleu ! Qui ?…
L'Estafette,
tendant au Général la lettre au ruban bleu.
S'il vous plaît !
Il essaye de lire par-dessus l'épaule du Général.
Ça dit quoi ?
Le Général,
parcourant la lettre.
Palsambleu !
Armand,
à Don Lope.
Que fait-on, maintenant ?
Le Général,
agitant les bras.
Cessez tout ! Halte au feu !
Tous s'immobilisent.
Le Général
Nos deux rois, de leur legs ont conclu le partage,
Ce midi, à dîner…
L'Estafette
Entre poire et fromage.
Le Général
Ô mitraille et boulets, suspendez votre vol !
Le monarque français et le prince espagnol
Au bas de ce traité ont signé l'armistice !
Il montre le document au Commandeur.
Doña Lucinda
Aux élans de mon cœur l'heure est enfin propice !
Le Commandeur, examinant le traité.
Mon roi l'a paraphé : c'est bien son contreseing !
Doña Lucinda,
courant vers Léandre.
Mon aimé !
Léandre,
courant vers Lucinda.
Mon amour !
Armand
Mordious !
Don Lope
Por Dios !
Un mousquetaire
Putaing !

SCÈNE DERNIÈRE

LES MÊMES puis Ydalie, Silvanire, Tirinte, Tisimandre puis Trois inquisiteurs
Don Lope
À point nommé, vraiment, ce conflit se termine !
Armand
J'y vois la main d'un dieu sorti de la machine !
Premier soldat espagnol
Ay ! La guerre est finie ! Entends-tu ça, Pedro ?
Premier mousquetaire
Jean ! La guerre finit !
Deuxième mousquetaire
Miracle !
Deuxième soldat espagnol
Milagro !
Premier mousquetaire,
au deuxième soldat espagnol.
Vous ressemblez beaucoup à mon regretté frère,
Enlevé par les Turcs à bord d'une galère !
Premier soldat espagnol,
au deuxième mousquetaire.
Mais c'est mon cousin Juan, dont le vaisseau sombra !
Deuxième soldat espagnol,
au premier mousquetaire.
Dans mes bras, mon cher frère !
Deuxième mousquetaire,
au premier soldat espagnol.
Ah ! cousin ! dans mes bras !
Premier soldat espagnol
C'est la paix !
Premier mousquetaire
C'est la quille !
Deux bergères (Ydalie, Silvanire) et deux bergers (Tirinte, Tisimandre) entrent, jouant du tambourin.
L'Ordonnance
Un berger !
L'Estafette
Des bergères !
L'Ordonnance
Tisimandre ! Ydalie !
Le Commandeur,
embrassant Léandre.
Ah ! Mon fils !
L'Ordonnance,
à Tisimandre.
Mon beau-frère !
L'Estafette
Silvanire !… et Tirinte !
Le Général,
embrassant Lucinda.
Ah ! Ma fille !
L'Ordonnance,
à Ydalie.
Ô ma sœur !
Dans la bergerie, les moutons se mettent à bêler.
Premier mousquetaire
Des moutons !
Dans le poulailler, les poules se mettent à caqueter.
Premier soldat espagnol
Des poulets !
Les trois inquisiteurs de la scène VII entrent, levant joyeusement les bras au ciel.
Deuxième soldat espagnol
Le grand inquisiteur !
Le Général
Je ne m'oppose plus à ton hymen, Léandre !
Le Commandeur
Lucinda, pour époux, ce Français tu peux prendre !
Le Général et Le Commandeur, ensemble.
Nous vous donnons tous deux la bénédiction !
Lucinda et Léandre s'embrassent. Le fifre espagnol joue un air pastoral, accompagné par les tambourins et le tambour français. Autour d'Armand et Don Lope - toujours debout sur la barricade, l'épée à la main - tous se congratulent. Musique, rires et brouhaha joyeux.
Armand,
joyeux, remettant l'épée au fourreau.
Remisons la rapière, elle n'est plus de saison.
Don Lope, l'imitant, soulagé.
Vous tuer, compadre, m'aurait paru un crime !
Armand
Vous vendez des peaux d'ours !
Don Lope
Soyons francs : votre escrime,
Fort honnête, il est vrai, n'est pas à la hauteur.
Armand
Compère, oseriez-vous me traiter d'amateur ?
Il porte la main à son épée. La musique cesse. Le silence se fait progressivement autour des deux querelleurs. Tous les regards se tournent vers eux.
Don Lope
Votre style est plaisant… mais pas très efficace.
Armand
Ha ! Le vôtre est fatal, mais dénué de grâce :
On vous crible de pointe et vous restez muet,
Martelant une gigue où s'esquisse un menuet !
Don Lope,
portant la main à son épée.
Allez donc réviser auprès d'un maître d'armes !
Armand
L'art d'un maître à danser piquerait quelques charmes
Aux moulinets balourds de votre estramaçon !
Don Lope
Faudra-t-il derechef vous donner la leçon ?
Armand
Donnez !
Il tire l'épée.
Don Lope, l'imitant.
En garde !
Doña Lucinda,
d'un ton réprobateur.
Ah non ! Vous n'allez pas vous battre
En un pareil moment !
Don Lope
Basta !
Il remet l'épée au fourreau et tend la main à Armand.
Serrez-m'en quatre !
Armand rengaine son épée et serre la main de Don Lope.
Ombrageux gentilhomme !
Armand
Ingénieux hidalgo ! Vous me deviez, je crois…
Don Lope
Et comment, amigo !
Nous allons dès ce soir ripailler d'importance !
À mes frais, à grand bruit, à s'en péter la panse !
Armand
C'est un bien brave cœur que votre cœur d'airain !
Songeur :
II y a peu, pourtant – et avec quel entrain !
Nous suivions aveuglés les élans de la harde…
Il fallait qu'on s'étripe, il fallait qu'on se larde,
Toutes griffes dehors et les crocs dégagés,
Comme des chats furieux, comme chiens enragés !
C'est absurde, insensé ! Où avions-nous la tête ?
Don Lope
La guerre a le pouvoir de changer l'homme en bête.
Armand
Vous tenez là, compère, une moralité
Qui conclut notre fable…
Don Lope
Avec naïveté.
Armand
Eh bien ! Soyons naïfs, et crions sans détour :
TOUS,
ensemble.
Que maudit soit la guerre !
Doña Lucinda et Léandre,
ensemble.
Et que vive l'amour !
Musique. Tous se mettent à danser.

RIDEAU

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